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Diagonales de l'actu

Ibizagate : Blanquer, Le Parisien, les protocoles sanitaires et médiatiques : ce que masque la polémique

18 Janvier 2022 , Rédigé par Philippe Rivet

Ibizagate : Blanquer, Le Parisien, les protocoles sanitaires et médiatiques : ce que masque la polémique

Ce n'est pas tant le fait de prendre de (courtes) vacances  que le lieu choisi (maladresse) qui pose problème, tandis que les pratiques du Parisien interpellent aussi. Et peut-être même d'abord.

Un ministre a-t-il le droit de s'octroyer quelques (rares) jours de respiration après deux ans de gestion stressante, soumis à des pressions aussi diverses que contradictoires, face à un virus imprévisible. Non et... oui.

Non dans l'absolu. Donner l'image que les autorités sont sur le pont H 24 est attendu par les Français et les rassurent. (Ceci dit, en passant, je serais curieux de connaître le nombre de directeurs d'école et de chefs d'établissement sacrifiant leur Nouvel An en faisant acte de présence à leur bureau). Pourtant, en gestion de crise, il est fortement recommandé de souffler de temps à autre pour ménager son organisme, conserver un minimum de lucidité.

Donc, oui, Jean-Michel Blanquer avait le droit, j'oserais même écrire le devoir -  de faire une pause.  Toute relative d'ailleurs. Quel ministre débranche vraiment, surtout avec les moyens de communication d'aujourd'hui ?

Le choix d'Ibiza est indubitablement une maladresse de com', compte tenu de ce que cette île des Baléares incarne dans l'imaginaire collectif : ses soirées estivales aussi animées que débridées et alcoolisées (stupéfiants en prime). Mais Ibiza en janvier, un peu moins glamour, non ? Pas plus éloigné  voire moins en terme de temps - et plus facilement connecté - qu'un gîte rural fut-ce t-il de luxe au fin fond de la Lorraine ou de la Creuse.

L'ibizagate regarde sans doute davantage le traitement médiatique que la boulette ministérielle.  L'origine de la fuite dont Médiapart a fait ses choux gras, avec raison certes, mais avec toujours une pointe poivrée qui n'ajoute rien à l'affaire.  La fuite, c'est un grand classique, vient forcément du cercle de Blanquer : le ministère, le gouvernement, la majorité, hypothèse qui se vérifie la plupart du temps en matière de moeurs politiques.

Mais quand l'info est vérifiée, recoupées, attestée, il appartient à l'auteur du scoop de la publier et de l'éclairer, sans être dupe.

Ce qui interpelle un peu plus, ce sont les conditions de l'interview, ses modalités de publication.  Blanquer est interviewé le 1er janvier, alors qu'il se trouve à Ibiza. L'entretien est donc téléphonique.  Selon le site de France Info qui a mené son enquête et qui cite le directeur délégué de la rédaction, les journalistes qui ont questionné le ministre ignoraient d'où il s'exprimait. Ce que ne dit pas la réaction du patron des journalistes c'est s'il était, lui, au courant ou pas. Il arrive parfois que les redchefs "protègent" leur rédaction en gardant secrètement certaines infos de contexte. Mais qui pour le coup, s'avèrent particulièrement signifiantes.

Les conditions d'une interview se négocient en amont. Relue, pas relue, enregistrée ou pas. Date de parution. La "mode" de la relecture tend à s'estomper. La Voix du Nord l'a fait savoir très fortement, d'autres journaux font évoluer leur pratique mezza voce.

Juste une incise personnelle : j'ai interviewé moult fois Jean-Michel Blanquer. Avec relectures, qui ne se son traduites que par de très rare retouches, à la marge. La dernière interview s'est déroulée sans relecture, après avoir alerté en amont des principes que mon journal tentait d'instituer.  L'actualisation de l'interview du Parisien, par la main du cabinet du ministre, tend à modifier génétiquement l'entretien téléphonique ; il eût été préférable de proposer au lecteur un hors texte avec les ultimes précisions.

Mais ce qui  devrait conduire davantage à une réflexion sur certaines pratiques médiatiques, c'est le choix de la photo qui laisse accroire que l'entretien s'est déroulé dans le bureau du ministre à Paris. La photo remonte à quelques mois, mais la légende ne le dit pas. Cette absence d'indication accentue de fait le contraste entre la localisation de l'entretien tel qu'on peut l'imaginer à lire Le Parisien avec l'éloignement, réel, du ministre. Et fausse donc d'une certaine manière la perspective et le cadre du débat.

Peu de rédactions ont une pratique iconographique incluant la mention " archives" quand la photo est extraite de la banque d'images en stock du journal ou d'une agence.  C'est un " oubli" qui prête peu à conséquence lorsqu'il s'agit d'un portrait, plan serré. Cela devient plus problématique quand la photo est en situation, et donc plus signifiante comme diraient les sémiologues.

Cette décision éditoriale porte donc une lourde responsabilité dans la polémique qui s'est ouverte.  Plus étonnant encore le choix de publier l'entretien en version payante puis gratuite. Une explication serait la bienvenue pour permettre de comprendre ce changement de pied.

Quant à la demande de démission du ministre de l'Education nationale,  c'est, compte tenu du contexte, à moins de trois mois de la présidentielle, démago et grotesque. Le vide de la pensée chez certains, rabougris sur la seule tactique politicienne.

Philippe RIVET

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