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Diagonales de l'actu

Faut-il virer les Alsaciens du Grand Est ?

26 Janvier 2022 , Rédigé par Philippe Rivet

Faut-il virer les Alsaciens du Grand Est ?

Le Canard enchaîné vient de remettre cent balles dans la machine en évoquant la possibilité que Macron rende sa "liberté" à l'Alsace s'il est réélu, juste pour se venger de Jean Rottner, à ses yeux trop ambigu car macron-compatible de réputation, mais soutien de Pécresse néanmoins. On reviendra un peu plus loin sur le cas intéressant pour les écoles de science politique du président du Grand Est.

Mais évoquons d'abord ce que passe curieusement sous silence le Volatile. A savoir le contexte dans lequel fuite cette info qui reste à vérifier mais dont la publication échauffe plus d'un esprit. Le contexte, c'est le déroulement actuel d'une consultation initiée par l'exécutif de la Collectivité européenne d'Alsace (vous savez, ce machin, qui est une création mondiale destinée à calmer les Alsaciens et satisfaire ce fumeux désir d'Alsace), présidé par Frédéric Bierry, ancien président du CD 67. 

Cette consultation qui exhale un parfum rance de séparatisme et de populisme réunis consiste à demander aux Alsaciens s'ils souhaitent quitter le Grand Est. " L'Alsace doit-elle sortir du Grand Est et redevenir une région à part entière", tel est l'intitulé de la question soumise au vote jusqu'au 15 février. Une sorte de primaire populaire à l'Alsace, qui n'a, comme l'autre à gauche, de populaire que le nom, ce qui supposerait transparence dans les modalités et les votes (possibilité de voter plusieurs fois ont relevé des observateurs attentifs). On retiendra surtout qu'un exécutif utilise l'argent public pour faire pression sur les institutions en vue de modifier une nouvelle fois la loi.  L'objectif chiffré de Bierry est d'atteindre 100 000 votes favorables pour poursuivre son lobbying, sinon il " fermera le  chapitre", assure-t-il à L'Est Républicain. Qui peut encore le croire sur parole ?

Faut-il rappeler que la CEA, accepté par toutes les partis dans un esprit affiché de concorde républicaine destiné à apaiser le climat empoisonné, est en fait devenue une véritable machine de guerre, propre à réveiller les instincts les plus irrédentistes et à flatter les égoïsmes.

Car si une partie des dirigeants souhaite quitter le Grand Est, bien qu'ils ne l'avouent pas, c'est bien non pas parce que l'Alsace aurait été lésée, mais bien parce que c'est un marqueur social qui les guide : l'Alsace riche ne veut pas composer, et encore moins partagé, avec la Lorraine et Champagne-Ardenne qui le sont moins, qui comptent en tout cas des secteurs plus précarisés.  Il y a aussi bien sûr cette obsession identitaire  instrumentalisée par des politiques à la vision rabougrie, au rebours de leurs discours officiels sur leur vision transfrontalière et européenne. Pour un peu, s'ils allaient jusqu'au bout de leur logique, ils soutiendraient Poutine envahisseur de la Crimée (qui fut naguère russe) ou remettraient en cause la frontière Oder-Neisse.

C'est leur esprit quand ils continuent de critiquer et de tenter d'annuler le redécoupage des régions, fait il y est vrai sur un coin de table par Hollande, mais voté par le Parlement, tout comme la CEA  d'ailleurs. Il convient ici de rappeler que le Grand Est est la seule région où la capitale figure dans la loi, en l'occurrence ...Strasbourg, où se concentre tous les pouvoirs, quoi qu'en disent les Alsaciens.

S'il faut alors convoquer l'histoire, remontons à la Première guerre mondiale. Fut-ce une erreur de recoudre l'Alsace à la France ?  Faut-il saluer ou maudire les politiques qui, après avoir combattu le redécoupage hollandais, se sont ralliés aux lois de la République ?  Faut-il continuer à mener une bataille institutionnelle  au risque de négliger des priorités exprimées par les électeurs, pouvoir d'achat, inégalités, urgence climatique, économie, santé ? Et pourquoi faire une consultation en excluant les autres citoyens du Grand Est, tout de même un brin concernés ? Seraient-ils des citoyens de seconde zone ?

Revenons sur le cas Rottner, en permanence sur une ligne de crête, et soupçonné d'appliquer à la lettre l'adage du cardinal de Retz, selon lequel on ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment", propos prêté aussi à Mitterrand.

A l'origine hostile au Grand Est, Rottner en deviendra l'avocat inlassable, à la suite de Philippe Richert. Donné comme Macron-compatible, il ne cache pas ses bonnes relations avec l'Elysée, le Premier ministre Edouard Philippe, son hostilité au positionnement de Wauquiez, Morano et consorts, mais signera quand même une tribune de soutien à Bellamy lors des Européennes.

Son coup de gueule il y a un an contre ce qu'il perçoit comme des hésitations gouvernementales à favoriser la vaccination - " Un scandale d'Etat"- lui vaudra un retour de flammes de Castex qui viendra se venger en Alsace même. Castex, dont Rottner ne cache pas le mépris qu'il lui inspire, disant regretter son prédecesseur, à la stature d'un homme d'Etat. Le même confiera (un peu amer ?) aux journalistes que si d'aucuns le donnent comme compatible, ce n'est pas visiblement pas lui qui a été choisi pour représenter l'Alsace au gouvernement (Mais Brigitte Klinkert, LR d'origine et également Haut-Rhinoise).

A-t-il pris contact officieusement avec l'Elysée, pour assurer Macron de sa neutralité au premier tour de la présidentielle avant un soutien au second ?  Le Canard l'affirme. Le président du Grand Est reste aujourd'hui exceptionnellement silencieux sur Twitter.  Plusieurs membres de son exécutif soutiennent Macron, sans avoir été démis de leurs responsabilités pour haute trahison. Tels David Valence, maire de Saint-Dié, ou Arnaud Robinet, maire de Reims.

Qu'envisage vraiment l'Elysée ? Mystère aussi. Aux départementales, Brigitte Klinkert a été élue en binôme avec le maire de Colmar, Eric Straumann, élu LR pas connu pour être un défenseur du Grand Est.

L'Alsace n'a pas fini d'être le maillon turbulent du Grand Est. Jusqu'au divorce qui pourrait affecter d'autres assemblages régionaux, relançant une nouvelle crise institutionnnelle ? Ce qui pourrait avoir pour effet d'éloigner encore un peu plus les citoyens des politiques. Les apprentis sorciers de tout bord seraient sans doute bien inspirés d'y réfléchir à deux fois avant de provoquer un nouveau cataclysme.

Et si la question de fond  qui mériterait d'être abordé, de préférence par le Parlement, devait porter sur les partages ou les transferts de compétences plutôt que sur des chicayas de prés carrés territoriaux ? Juste une question en passant.

Philippe RIVET

 

 

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