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Diagonales de l'actu

Skylander, quand le scandale de l'avion fantôme lorrain refait surface

13 Octobre 2021 , Rédigé par Philippe Rivet Publié dans #politique

 Skylander,  quand le scandale de l'avion fantôme lorrain refait surface

En mettant à l'ordre du jour de la session du conseil régional de ce jeudi 14 octobre le dossier du skylander, cet avion tout terrain resté à jamais fantôme en Lorraine après un crash financier et politique, Jean Rottne osera-t-il réitérer son expression adressée au gouvernement à propos de la vaccination début janvier : un " scandale d'Etat" ? Il n'aurait pas tort, mais pourrait ajouter qu'il s'agit aussi d'un scandale régional, au regard de la gestion calamiteuse du projet sous l'ère Masseret.

Pour autant,  la droite peut-elle oser  crier au scandale sans prendre le risque de jouer à l'arroseur arrosé ? Certes, la délibération porte sur les suites du jugement de la chambre commerciale de Metz qui autorise la collectivité à récupérer 11 millions d'euros d'avances remboursables qui avaient été consenties plutôt lègèrement à Geci International par le conseil régional de Lorraine présidé par Jean-Pierre Masseret. Pas sûr que la collectivité puisse recevoir son dû de sitôt...

Skylander, c'est d'abord l'histoire d'un beau mirage. Un dossier plus que séduisant proposé par un cabinet d'intelligence économique, appuyé par Gérard Longuet, Jean-Louis Borloo et son relais régional d'alors, Laurent Hénart. Masseret adhère à l'idée de faire de la Lorraine le Texas français de l'aéronautique. Toulouse peut trembler. Ou presque, tant l'euphorie qui préside à l'annonce du projet en 2008 est forte et générale. Au point de faire l'unanimité dans l'hémicycle du conseil régional. Mais les écolos, pour des raisons plus idéologiques que sur le fond du dossier, renÄclent très vite, l'extrême droite prend ses distances, bientôt suivie par la droite. Postures ?

Les premiers sceptiques sont qualifiés d'incorrigibles Cassandre.  Il ne fallait pourtant pas être excessivement curieux pour se rendre compter que la mariée était un peu trop fardée. Le projet Skylander, conçu dans un labo en Roumanie, avait déjà beaucoup voyagé dans l'Ouest (où il avait été refusé par l'ancien ministre des Transports Bussereau), puis dans le Sud-Ouest, où il avait laissé d'amers souvenirs, et au Portugal, où son échec reste un souvenir cuisant pour les autorités imprudentes.

Admettons qu'il n'y a pas de projets sans prise de risque. Sauf que malgré des alertes de plus en plus chaudes, malgré l'absence de soutien du monde aéronautique, du double discours gouvernemental sous la droite puis la gauche (Mention spéciale à Montebourg et son cabinet), Masseret persiste, s'entête, s'énerve quand on pointe l'extrême fragilité de l'ambition affichée. Lequel Masseret finira par déposer plainte contre son ancien compagnon de route Bitboul, comme pour se dédouaner politiquement, après avoir géré en solitaire ce sulfureux dossier, comme le confieront plus tard plusieurs membres - restés silencieux au nom de la solidarité politique   - de sa majorité.

Mais la droite n'est pas en reste. Après avoir sauvagement bataillé contre le projet, Nadine Morano se mue soudainement en avocate enthousiaste invitant à sauver le Skylander, à l'approche de la présidentielle. Comme si un ordre express de l'Elysée était tombé abruptement.

Pour éclairer cette insistance, faut-il établir un lien avec  le voyage rocambolesque en Guinée Equatoriale  quelques mois après la présidentielle, en octobre 2012, de Serge Bitboul, accompagné de Claude Guéant, devenu avocat, pour tenter de  faire financer le projet par le dictateur Obiang ? Guéant, l'homme de toutes les manoeuvres...

La chronique d'un crash annoncée s'achèvera devant le tribunal de Briey en 2013. Non sans quelques soubresauts teintés d'espoir de reprise du projet.  Ce dernier, qui devait permettre de créer 350 emplois directs, 1000 indirects, aura fait long feu.

L'argent public aura coulé à flot.  J'avais estimé à l'époque le volume dépensé ou programmé à plus de 100 millions. Une broutille.

 Les services parisiens de la justice enquêtent. Une action au civil (frappée d'appel) a permis à un avocat de la capitale de faire condamner Bitboul à verser plus de 600 000 euros à des actionnaires qui s'estimaient lésés par des annonces fantaisistes, entretenant une confusion entre intentions d'achat et bons de commandes signés.

Bien des zones d'ombre subsistent dans cette affaire.  Tout n'a pas été mis sur la table. Les leçons de ce fiasco ont-elles été tirées ? On aimerait le  croire.

Philippe RIVET

 

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